Published on 9 October 2026
On le croit africain depuis toujours. Le wax est pourtant le fruit d’un long voyage, entre l’Asie, l’Europe et l’Afrique de l’Ouest, qui a duré plus d’un siècle. Et c’est bien l’Afrique qui en a fait ce qu’il est aujourd’hui : un tissu d’identité, de fête et d’élégance.
Tout commence à Java
À l’origine, il y a le batik, un art ancestral de l’île de Java, en Indonésie. L’artisan dessine le motif à la cire chaude sur le coton, puis plonge l’étoffe dans la teinture : la cire protège les zones qu’elle recouvre, qui restent claires. On répète l’opération couleur après couleur. En séchant, la cire se fendille, et la teinture s’infiltre dans ces fissures : ce sont les fines craquelures, comme des veines, qui font encore le charme du wax.

L’industrie hollandaise
Au XIXᵉ siècle, l’Indonésie est une colonie néerlandaise. Des industriels des Pays-Bas imaginent de reproduire le batik à la machine, en imprimant la réserve de cire (puis de résine) au rouleau, pour le revendre moins cher à Java. C’est dans ce contexte qu’est fondée en 1846, à Helmond, la manufacture qui deviendra la célèbre Vlisco.
Mais le pari échoue : les Javanais restent fidèles à leur batik fait main, et boudent ces imitations aux craquelures irrégulières.
L’Afrique de l’Ouest l’adopte
Ces tissus trouvent alors un autre public, sur les côtes d’Afrique de l’Ouest. Plusieurs routes y ont mené : les escales des navires de commerce, et le retour au pays de soldats ouest-africains, recrutés sur la Côte-de-l’Or (l’actuel Ghana) pour servir dans l’armée néerlandaise à Java, qui en rapportaient dans leurs bagages.
Ce que les Javanais voyaient comme des défauts, les acheteuses africaines y voient une signature : les craquelures, les couleurs vives, le motif identique sur l’endroit et l’envers. Le tissu est solide, il se porte, il se transmet. Les fabricants européens se mettent bientôt à dessiner pour ce nouveau marché.
Les Nana Benz et les motifs qui parlent
Au milieu du XXᵉ siècle, à Lomé, au Togo, des commerçantes contrôlent la distribution du wax dans toute la région. Leur réussite est telle qu’on les surnomme les « Nana Benz », d’après les Mercedes qu’elles s’offrent. Ce sont elles qui sentent ce qui plaira, elles qui baptisent les motifs.

Car en Afrique de l’Ouest, un wax ne se contente pas d’être beau : il parle. Selon les pays, un motif peut s’appeler « L’œil de ma rivale », « Si tu sors, je sors » ou « Mon mari est capable ». Porter un pagne, c’est envoyer un message, raconter une histoire, marquer un événement.
Un tissu africain, fabriqué partout
Aujourd’hui, le wax est aussi fabriqué en Afrique, au Ghana et en Côte d’Ivoire notamment, ainsi qu’en Asie. La qualité varie beaucoup d’une fabrication à l’autre : un beau wax se reconnaît à son coton dense, à ses couleurs franches qui ne dégorgent pas, et à son motif net, aussi lisible à l’envers qu’à l’endroit.
Né à Java, industrialisé en Europe, le wax est devenu africain parce que l’Afrique l’a choisi, nommé et porté. C’est cette histoire de rencontres qui en fait un tissu si fort.
Le wax chez Boussalaï
C’est ce tissu voyageur que nous avons voulu faire voyager encore, entre Dakar et Paris. Chaque bomber Boussalaï est taillé dans un wax 100 % coton choisi pour la tenue de sa trame et l’éclat de ses couleurs, puis confectionné en France. Le motif n’est jamais un simple décor : il décide de la pièce. Et parce qu’un coupon ne donne que quelques bombers, chaque modèle n’existe qu’en édition très limitée.



